Rwagasore et Ndadaye : Héros ou imposteurs ?

Yanditswe na Egide NDUWIMANA
Kuya 1er Munyonyo 2017 saa 11:50
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Octobre, un mois très riche en évènements dans l’histoire du Burundi. D’abord la commémoration de l’assassinat du Prince Louis Rwagasore, héros de l’indépendance nationale et ensuite celle de l’assassinat du Président Melchior NDADAYE, héros de la Démocratie. Deux commémorations habituellement faites dans la sobriété et le recueillement.

Ndadaye, Héros de la démocratie

La question n’est pas anodine, car pour certains, c’est le libérateur du peuple Hutu, longtemps « opprimés » par les Tutsi. Pour les autre, plutôt un symbole de malheur des leurs.

Une campagne pourrie

L’avènement de l’ère démocratique dont l’année zéro a été ponctuée par une campagne en vue des élections libres et transparentes, les esprits chauffes, excès de zèles, pour certains, peur du lendemain pour les autres : i niveau ni ugutwi, atari cash ni catch, kinyamwanira etc.

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Ndadaye Melchior en pleine campagne électorale

« On a vu une campagne de peur, de provocation et un véritable lynchage physique et médiatique. », se rappelle Georges Niyonkuru qui n’avait que 16ans à l’assassinat du Premier président burundais démocratiquement élu.

Dans certains coins du pays, le lynchage des habitants dit « feticheurs » qui en réalités sont des membres du parti Uprona.

Dans la configuration de la masse du pays lamda, c’est le moment ou jamais, « tuzobasusurutsa » [On va vous réchauffer, ndlr], dit ce vieux ouvrier à Georges Niyonkuru, alors qu’il retapa le mur de sa maison.

Pour une minorité Tutsi, c’est la douche froide lors de l’annonce des résultats. Certains n’en croyaient pas leurs oreilles.

« Ma voisine viendra 3 fois pour vérifier que nous avons tous entendu les même chiffres. », affirme Niyonkuru.

Ndadaye Melchior triomphe avec un score très honorable de près de 63%, suivra un discours d’investiture digne d’un chef d’état. Mais pourvu que ça dure.

La suite on la connait, arrive la fatidique date du 21 Octobre, avec l’assassinat du président élu Ndadaye, et certains de ses collaborateurs. Une hécatombe dans l’histoire du « Burundi nouveau » si cher au Président élu, qui s’accompagnera des massacres, de Mubimbi à Cankuzo en passant par Kw’ i Bubu. Des milliers de paysans survoltés par l’« Agashavu » [colère] vont massacrer leurs congénères sans aucune autre forme de procès.

Rwagasore, héros de l’indépendance

Issue d’une famille Royale, il a fondé le parti qui va porter le pays à l’indépendance nationale. Jeune, progressiste, ambitieux, il savait s’entourer des compatriotes sans distinction d’ethnie.

« Ayant épousé une femme de l’ethnie Hutu, Rwagasore était un symbole d’unité du peuple Murundi. », rassure R.B, 32ans.

Après la victoire de son parti aux législatives, le Prince Louis Rwagasore, alors premier Ministre, a été assassiné.

Rwagasore, un homme model

« Rwagasore, lui, c’était une toute autre histoire dans le fait qu’il luttait pour l’Indépendance de tout un pays, par conséquent de toutes les ethnies. », trouve J.H qui insiste : « Pour l’indépendance de son pays, il ne pouvait lutter ni pour les tutsis, ni pour les hutus. La preuve en est que sa femme était hutu. »

Pour son parti UPRONA, Rwagasore était un homme charismatique, un fils du Roi qui s’est sacrifié pour son pays, en recherchant l’indépendance.

« Rwagasore était un homme model. Les dirigeants actuels devraient prendre exemple à lui, en aimant le pays, le peuple, ses frères, et en s’approchant de la population. », Conseille Abel Gashatsi, Président du Parti UPRONA. Et de préciser : « Rwagasore n’a pas cherché l’indépendance pour les Hutus ou les Tutsis, mais pour tout le peuple burundais. Rwagasore n’avait pas d’ethnie. »

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Abel GASHATSI, Président du Parti UPRONA

Selon ce numéro un du part de Rwagasore, les gens qui disent que Rwagasore est pour les tutsis sont des détracteurs de l’indépendance qui n’aime pas le Burundi.

« Même le parti UPRONA réputé des tutsis a déjà été dirigé par des Hutus. », martèle Gashatsi.

Ndadaye Melchior, un rassembleur

Le président du Parti Sahwanya Frodebu Nyakuri Iragi rya Ndadaye trouve que le héros de la Démocratie devrait inspirer au Gouvernement actuel l’esprit de rassembler tout le monde, pour que tous les burundais aient les mêmes droits et les mêmes devoirs.

« Ndadaye mettait en avant la non-violence. Le parti Sahwanya Frodebu Nyakuri Iragi rya Ndadaye exhorte à toutes les parties prenantes de respecter cet héritage du Président Ndadaye, dans le règlement du contentieux politique actuel. »

« La différence avec les deux héros réside dans le fait que Ndadaye prônait l’égalité, mais en élevant les hutus, peuple opprimé selon lui. Cela fait qu’il soit considéré comme un extrémiste pour les uns et un héros pour les autres. Son langage le trahissait en quelques sortes. », Compare J.H, 30ans.

Suite aux maux qu’a connu le Burundi, basés sur des divisions ethniques, il y’aurait un certain sentiment chez les Hutu de beaucoup plus admirer le héros de la démocratie que le héros de l’indépendance, et vice versa. Pour Keffa Nibizi, Président du parti Sahwanya Frodebu Nyakuri, que ce soit l’indépendance, que ce soit la démocratie, cela concerne tous les burundais.

« Il n’y’a aucune ethnie qui n’a pas besoin d’être indépendante, et il n’y’a aucune ethnie qui n’a pas besoin d’être dans une démocratie. Nous invitons tous les burundais de surpasser leur clivage ethnique, et considérer Rwagasore et Ndadaye comme des héros nationaux qui ont travaillé pour tous les burundais. »

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Keffa NIBIZI, Président du Parti Sahwanya FRODEBU Nyakuri IRAGI RYA Ndadaye

Ces commémorations qui divisent

Abel Gashatsi et Keffa NIBIZI, respectivement président du Parti UPRONA et Sahwanya Frodebu Nyakuri Iragi rya Ndadaye demandent au Gouvernement du Burundi d’amener les burundais à commémorer ensemble l’assassinat des deux héros burundais, aux monuments officiels. Toutefois, Keffa Nibizi nuance : «On ne peut pas empêcher toute personne qui voudrait faire un requiem dans un endroit de son choix, selon la date qui lui convient. Mais, la commémoration officielle devrait se faire dans un endroit connu et choisi par le Gouvernement. »

Même son de cloche avec Abel Gashatsi : «C’est le Gouvernement qui détient l’organisation de ces commémorations. »


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TANGA ICIYUMVIRO

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